Samedi 16 juin 2007

  Aujourd’hui a eu lieu ma journée de masochisme annuel. A savoir la course de la montée du Puy-de-dôme. Petit rappel (également ICI), la course consiste en 14 km d’ascension sur 1 km de dénivelé menant du centre de Clermont-Ferrand au haut du Puy-de-dôme.

  Comme je n’ai que très peu de temps récemment pour m’entraîner, à l’inverse de l’année dernière, et où j’ai du courir à peine une fois par mois, je suis allé faire un jogging lundi dernier pour voir mon niveau. Et j’ai tout de suite compris que je ne serais pas capable de faire la course puisqu’en prenant le début de trajet de la course j’étais déjà out au bout d’un quart d’heure.

  Mais j’ai, on ne sait pourquoi, mis de côté ce test on ne peut plus probant, me suis inscrit à la course, et j’ai souffert ma race (ou souffert ma mère) en serrant les dents. Pas assez de souffle, muscles pas assez entraînés pour subir une telle grimpette à cadence forcée… J’ai pensé plusieurs fois à abandonner. Et surtout je me suis posé la question. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je m’inflige ça à moi-même, sachant forcément mon mauvais résultat de cette année, alors que j’avais le choix de rester chez moi, dans mon canapé, à regarder un film tranquillement en sirotant un coca bien frais. Oui pourquoi ?

  Le plus grand test de volonté a été en arrivant au pied du Puy-de-Dôme car c’est là où la grimpette se fait la plus méchante, et cette année j’ai déposé ma voiture au pied afin de repartir au plus vite une fois la course finie. Je suis donc lessivé, j’ai encore à parcourir les 5km les plus difficiles de la course, alors que ma voiture est à quelques mètres de moi. Dans ce cas-là je me fais marcher au mensonge. Je me dis. « Ecoute, commence la côte un petit peu, si t’es fatigué tu reviens ». Puis un « Allez, un peu plus histoire de ne pas être ridicule ». Et enfin un « Au point où t’en es ce serait ridicule d’arrêter là ». Et le tout m’a finalement mené au bout de la course en un peu moins de 2 heures comme j’avais fait il y a deux ans. Ce qui fait le plus mal une fois arrivé, ce ne sont ni les muscles, ni les os, mais le fait de voir à quel point j'ai regressé.

  Mais maintenant voici le point auquel je me suis efforcé de ne pas penser durant toute la course, il faut que je redescende au bas du puy pour retrouver ma voiture, soit 5 kilomètres de course en plus gratos.

  Pour varier un peu je prends un autre chemin et là PAF, image sublime, idée, vision. Je l’ai, j’ai mon dernier plan pour Conte Pastoral. Il se tournera en haut du Puy de dôme. Après tant de souffrance masochiste sans but particulier je me suis dit que tout cela avait finalement un sens.

  Pendant la descente je cours et marche à moitié et manque me prendre une méchante crampe qui m’aurait laissé agoniser comme une vieille charogne dans le fossé si je ne l’avais pas vu venir au dernier moment. Et c’est enfin au bout de 2h45 depuis le début de la course que je retrouve enfin ma voiture et peut m’arrêter de courir.

  Forcément je me dis que l’année prochaine on ne m’y reprendra plus. Mais le temps de me détendre et de me reposer, et alors que j’écris ces quelques lignes je ne peux m’empêcher de me dire que je me suis donné pour but de faire cette course en moins d’1h30, et il y a des chances pour que mon masochisme exacerbé me reprenne l’année prochaine.

par Guillaume Tauveron publié dans : Un brin de sport pour la forme
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Dimanche 17 septembre 2006

(Bon pour une cure de jouvence...)

  Cette vieille claque ! Les cloches je les ai prises en pleine gueule ! S'il y a bien une chose que je déteste, c'est accepter que j'ai des limites. En conséquences de problème de dos j'ai été privé de sport de 10 à 20 ans, puis j'avais repris mon corps en main et fait tout mon possible pour sortir de cette passivité forcée. Je pensais que tout ceci n'était qu'un mauvais souvenir, mais les 25 kilomètres m'ont tellement mis à mal que j'ai du accepter mes limites. Il faut dire que qui plus est je ne m'étais quasiment pas entraîné durant les deux derniers mois. Du coup j'ai fait la même course que l'année dernière mais en pire. 20 minutes de plus. 

(J'avais pourtant pris le peti dej des champions...)

  Quand mon dos et mes genoux ont commencé à me lâcher au bout de 18 kilomètres j'étais fou de râge contre moi même et mon incapacité. Et plus je m'énervais, plus je me tendais, et plus les muscles se tendaient à leur tour, cela n'arrangeait rien. J'ai finalement pris les choses avec  philosophie. Je me suis dit que j'avais fait tout ce qui était en mon pouvoir, j'étais même allé au-delà de mes capacités, et ce qui comptait c'était de ne pas abandonner la course, d'aller jusqu'au bout quelque soit le temps que je mettrais. Et finalement cette souplesse d'esprit m'a fait énormément de bien et m'a amené à rire de la situation plutôt que de me fouetter le gland avec des ronces.

 (Il faisait pourtant presque beau...)

   Je me suis donc traîné comme je pouvais sur les 7 derniers kilomètres, marchant la plupart du temps car rien que cela m'était difficile. Comme je n'avais pas de montre, j'avais emmené mon portable pour avoir l'heure, et du coup il m'a bien été utile. D'ordinaire je n'ai jamais le temps d'appeler mes amis pour piailler avec eux car j'ai toujours plus de choses à faire que de temps disponible, mais là je n'avais que ça du temps ! J'ai donc appelé mes potos. Au sommet du col à 21 kilomètre, un vilain photographe prend en photo tous les coureurs pour leur revendre la photo ensuite. L'année dernière il m'avait eut, j'étais exsangue, tout débraillé, avec une tête de camé. Cette fois je me suis préparé. Il m'a pris en photo portable sur oreille et le V de la victoire formé sur ma main droite. J'ai hâte de voir la photo.

(J'étais pourtant bien parti...)

  La question est recommencerais-je l'année prochaine ? A priori, non. Je pense que je pourrais la compléter dans un temps plus honorable si je m'entraînais souvent et apprenais à mieux gérer mon corps durant la course. Seulement je n'ai pas le temps pour ça. Il faut savoir faire des choix et ma priorité reste, et restera toujours, le cinéma. Ce n'est pas la première chose que je mettrais de côté en attendant d'avoir réussit. J'étais passionné de jeux vidéo durant ma jeunesse, mais je me suis interdit d'y toucher depuis au moins cinq ans, car cela prend trop de temps, et puis ce n'est pas amusant de jouer si on est raisonnable. Je m'interdit également de tchatter avec les amis ou autres si affinités car c'est trop facilement tentant et le temps passe vite. J'ai même du renoncer pour le moment à travailler mon niveau de japonais alors que je crève d'envie de parler japonais couramment et de pouvoir l'écrire, mais pour le moment ce n'est pas ma priorité. Patience et volonté sont comme je le répète les deux amis les plus importants.
  Donc pour conclure sur cette course, évidemment je suis déçu du résultat, qui ne le serait pas, mais j'ai appris une leçon d'humilité et d'acceptation qui a été importante, et surtout malgré tout je n'ai pas abandonné, je suis allé jusqu'au bout, et c'est ce qui compte. Je me limiterais donc maintenant aux courses de 15 kilomètres (je pourrais peut-être pousser jusqu'à 18 si on introduit quelques coureuses nues dans le peloton...)
  Je tiens à remercier quand même le TOP 4 des musiques qui m'ont accompagné et m'ont permis d'avancer
1) Molossus de Hans Zimmer (B.O.F. de Batman Begins)
2) Going the distance de Bill Conti (BOF de Rocky)
3) Naufrage d'un couple de Jean-Christophe Zounia (et qui m'a permis au passage d'obtenir pas mal de nouvelles idées pour Conte Rouge tout en courant)
4) Kugutsuuta Kagirohi Ha Yomi Ni Mata Muto de Kenji Awai (B.O.F. de Innocence)

 

par Guillaume Tauveron publié dans : Un brin de sport pour la forme
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Samedi 16 septembre 2006

  DING… DING… DING… Vous n’entendes pas les cloches de Rocky ? A l’heure où j’écris moi je les entends déjà sonner, car demain sera l’heure d’un nouveau défi pour Guillaume Tauveron. 

  La course des volcans. Une boucle de 25km au pied des volcans d’Auvergne. Encore une course où je m’étais fait rétamer l’année dernière. Il faut dire que je ne l’avais pas commencée dans les meilleures conditions. Le matin, au moment de prendre ma voiture pour me rendre au point de départ, je me suis rendu-compte qu’un des pneus était dégonflé. Panique à bord du navire Tauveron. Le point de départ étant à plus de dix kilomètres c’était problématique et je n’avais personne sous la main pour me conduire. Ma femme m’a dit d’oublier la course, de RENONCER. A croire qu’elle ne savait pas avec qui elle était mariée. Je suis parti en courant en tendant le pouce comme un malade en espérant arrêter des voitures. Au bout d’un kilomètre, une voiture s’est arrêtée. Ses propriétaires étaient tous droits sortis des Bidochons. Ils m’ont mis à l’arrière avec leur vieux clébard qui puait, m’ont avancé de deux ou trois kilomètres et m’ont laissé à un feu où je suis reparti en courant comme un dératé, toujours pouce en l’air. A peine trente secondes plus tard une voiture s’arrêtait. Trois gars étaient à l’intérieur et ils se rendaient justement à la course. Tu parles d’un coup de chance. Sur le trajet je leur ai expliqué mes mésaventures et ils ont bien rigolé.

  Je suis arrivé à temps pour aller chercher mon dossard, et j’ai été pris d’une envie de pisser monstrueuse. Quand je stresse ça me file envie de pisser. Donc faîtes gaffe à vos pompes si vous me croisez à un festival avant que je doive faire un discours devant l’audience… Evidemment pas de chiottes dans cet endroit. Je trouve un endroit à l’écart, suis suivi de très près par une jeune femme qui ne me voit pas et que je devine parti pour la même mission que moi. Dilemme, hésitation, aujourd’hui l’ange l’emporte sur le démon qui me souffle à l’oreille, je range mes yeux dans ma poche et attends suffisamment longtemps pour me retourner. Et puis courir avec une érection, c’est un coup à se casser la gueule !

  Et puis le départ est enfin lancé. Je pars vite comme un con alors que j’ai 25km de course sur 1km de dénivelé, mon rythme déjà foiré par l’incident du pneu et ses conséquences en prend un coup dans l’aile, très vite je m’essouffle, le corps est lourd, et il sera difficile à traîner durant toute la course. D’habitude les moments de bien être et de fatigue s’alternent, mais pour cette course aucun sentiment d’allégresse. Au bout d’une quinzaine de kilomètres le dos commence à me faire souffrir, puis les jambes… Et 3 kilomètres avant l’arrivée j’ai beau avoir la volonté mon corps ne m’obéît pas, je ne peux pas courir, à peine avancer, mais je me traîne aussi vite que possible et passe cette putain de ligne d’arrivée où je suis pris en charge par un kiné qui me remet d’aplomb. Résultat des courses : 02h39min18s. Je suis arrivé 392è sur 450 coureurs. Le 1er a mis 1h35, le dernier 3h05. Mon résultat a donc été vraiment médiocre.

  Voici donc la revanche qui m’attend demain. Avec tout le travail que j’ai eut ces derniers temps je n’ai pas eut beaucoup d’occasion de m’entraîner. En plus la météo prévoit de la pluie… Comme si j’avais besoin de ça. Et enfin je me suis fait un peu mal à la jambe à force de courir sur ce putain de goudron qui m’entoure tout en remplissant mes poumons de gaz d’échappements. Pourtant j’ai une magnifique nature verdoyante à portée de main mais je n’ai même pas le temps de m’y rendre.

  D’habitude le week-end, après avoir fait une bonne semaine de travail, j’aime bien boire du vin le soir, m’enivrer légèrement pour me libérer, mais là je ne peux pas me l’autoriser. L’alcool ça ralentit, les muscles marchent mal, on se chope des crampes, même le souffle en prend un coup. Je me détends donc ce soir en faisant du vaudou avec une poupée à l’effigie de Sarkozy, dans les bras de laquelle j’ai collé deux petites poupées d’enfants africains sans papiers… Les cauchemars qu’il va se taper ce soir !

  Bon mais certains doivent se demander quel est le rapport avec le cinéma ? Pourtant c’est plus que jamais étroitement lié. Je vois mon parcours vers les sommets que j’espère atteindre comme une course de longue haleine où seul les efforts mille fois répétés et la ténacité peuvent m’aider. Pas de droit de reculer bien évidemment, ni même de s’arrêter, à peine le droit de ralentir, et surtout le devoir d’accélérer.

par Guillaume Tauveron publié dans : Un brin de sport pour la forme
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Samedi 17 juin 2006

  Il y a un an je m’étais fait rétamer la gueule dans un combat sans merci contre le Puy de Dôme. Le défi : partir du centre ville de Clermont-Ferrand pour aller jusqu’au sommet du Puy-de-Dôme 14km plus loin et surtout 1km de dénivelé plus haut. Pour aider à la tâche, ce jour avait été LE plus chaud de l’année. L’atmosphère était étouffante, il n’y avait pas le moindre air, sans compter que je n’étais quasiment pas entraîné. Les quatre premiers kilomètres dans la ville ont été particulièrement atroces car la pente était raide et sans aucune source d’ombre. Et lorsque j’étais arrivé à la première étape de ravitaillement à l’orée des bois, je me suis à marcher comme beaucoup d’autres mais cela a été l’erreur fatale car j’ai eut énormément de mal à repartir. Finalement le dos d’occasion qu’on m’a refourgué à la naissance s’est mis à déconner et j’ai été assez pitoyable. J’ai mis près de deux heures, j’ai été dans les quelques derniers, et en lisant le journal du lendemain qui affichait les résultats des 350 premiers arrivés je n’ai même pas vu mon nom. Donc grosse défaite et grosse frustration.

  Depuis je me suis juré de prendre ma revanche. J’ai récemment très souvent parcourut les 4 premiers kilomètres en ville de cette course afin de trouver mon rythme, je me suis forcé à aller courir à 14h de l’après-midi par plus de 30° histoire d’être habitué au cas où le temps refasse le même coup cette année. Je suis donc aussi prêt que ce que je pouvais l’être pour cette année.

  Il est actuellement 12h47 alors que j’écris ces lignes. Le départ de la course sera donné à 17h. Qu’en sera-t-il donc cette année ? En tout cas le soleil est moins plombant que l’année dernière, il y a pas mal de nuages et un peu de vent. C’est toujours ça de gagné. La réponse est pour dans quelques heures pour moi et pour vous dans quelques secondes, puisqu’à l’heure où vous lisez ces lignes j’ai d’ores et déjà fini la course… J’aime cette dissymétrie temporelle !

  15h. Plus un seul nuage dans le ciel. Putain il va faire chaud ! Mais juste avant le départ de la course le ciel est entièrement gris et se teinte de plus en plus vers le noir… Mais bon ce qui compte c’est la course, quel que soit les conditions.

  Comme je suis un grand malade je me suis écrit ISHI en japonais sur la main, ce qui veut dire Volonté. Sorte de pense bête à regarder dès que la motivation baisse pour se relancer. Bonne idée mais dans mon enthousiasme j’ai pris le premier feutre venu pour m’écrire sur la main, et il s’agissait évidemment d’un feutre indélébile, et après la course j’ai eut beau laver, curer, poncer, gratter au cutter, il est resté flambant neuf… Sans commentaires. Mais nous n’en sommes pas encore là.

  Le départ est donné. Une grande impulsion généralisée plus tard on est tous en train de courir. Cette fois pas de précipitation. L’année dernière j’avais tout donné dès le départ et il ne m’était rien resté au bout de quelques kilomètres. Je cours donc à rythme moyen sans m’offusquer de me faire largement dépasser. Je me dis que je les pourrirais bientôt. Quand la pente se fait plus abrupt le rythme général décroit et j’en profite pour accélérer car j’ai parcouru cette partie tant de fois que j’y suis très à l’aise. Puis vient la vraie grimpette avec une pente aussi raide qu’une bonne sœur, mais cette fois ça passe bien.

  Arrive le premier point de ravitaillement qui avait sonné ma défaite l’année dernière. J’arrache un verre d’eau sur la table sans m’arrêter, en bois une gorgée, balance le verre et je cours. Je cours, cours, cours sans m’arrêter et dépasse tous ceux qui se sont mis à marcher comme je l’avais fait l’an passé. En course les 15-20 premières sont souvent décisives. C’est là où la machine se lance une fois rodée ou elle cale. Une fois ce dur passage assumé sans m’arrêter, le corps s’est mis en mode automatique et c’est très agréable de courir, presque jouissif.

  Il s’est mis à pleuvoir. Gentiment tout d’abord puis de plus en plus fort mais je crois que personne n’y fait vraiment attention. Au bout de dix kilomètres alternant faux plat, pente douce et pente abrupte nous voici au pied du Puy de Dôme sous une pluie battante. Le plus dur reste à faire car les 4 derniers kilomètres sont de la pur montée à 12% sans aucun repos. Au fur et à mesure que je grimpe la pluie devient torrentielle, les éclairs zèbrent le ciel. Puis il se met à grêler, de façon ridicule tout d’abord puis à gros grêlons. On s’en prend plein la gueule, on est cent fois trempé jusqu’aux os, nos chaussures ne sont plus que des serpillères alourdies par le pois de l’eau. Mais je ne m’arrête pas. Mon défi d’aujourd’hui n’est pas un temps particulier. Seulement de ne pas m’arrêter une seule fois de courir tant que je ne suis pas en haut. Et étrangement, sous cette grêle battante et sur cette pente qui me brûle les mollets à chaque pas, je me sens extraordinairement bien et vivant. Car malgré tout je continue à courir.

  La grêle s’arrête deux kilomètres avant l’arrivée pour laisser place à de la pluie fine, et c’est là que mon lecteur MP3 rend l’âme pour en avoir pris plein la gueule durant une heure. Et sans musique pour me distraire, mes jambes pas suffisamment entraînés pour ce type d’effort me rappellent à l’ordre et elles me semblent incroyablement lourdes. Mon rythme s’affaisse mais je ne marche pas. Je cours à un rythme pitoyable mais je cours, et je parviens même à faire une poussée dans la dernière ligne droite.

  BILAN. Temps : 1h39. J'estime être environ dans les150 premiers sur un peu plus de 400 participants. Ce qui est tout à fait honorable. J’ai mis vingt minutes de moins que l’année dernière, je ne me suis pas arrêté. Toutefois, je pense que je dois avouer que cette année j’ai fait match nul contre le Puy de Dôme. L’année dernière il m’avait écrasé pitoyablement. Cette année je l’ai combattu avec hargne, je lui ai imposé mon rythme sur une longue durée, mais sur la fin il m’a coupé les jambes et je ne suis pas du tout content de mes 2 derniers kilomètres même si j’ai fait tout ce que j’ai pu. Si je parviens à passer sous la barre des 1h30, j’estimerais l’avoir définitivement battu. Donc tu peux te dresser fièrement au-dessus de ma ville encore un an Puy de Dôme, mais l’année prochaine, je te fais ta mère !

par Guillaume Tauveron publié dans : Un brin de sport pour la forme
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Jeudi 8 juin 2006

  Je ne m’attarderais pas sur le fait que la troisième et dernière bourse sur laquelle je comptais, vient encore de me passer sous le nez…

  Aujourd’hui à l’entraînement de boxe, un nouvel homme que je ne connaissais pas s’occupe de nous. Il est jeune, dynamique et plutôt sympa. Et puis l’entraînement qu’il nous fait subir a le mérite d’être intensif. Au bout d’une heure il dit subitement : « vos protèges-dents ». Je me dis que j’ai du mal entendre, mais quand je vois les autres s’armer de leur dentier en plastique, je suis obligé d’avouer que malheureusement mes oreilles fonctionnent bien. Sans aucune protection, puisque je n’ai pas de protège dents et qu’il ne semble pas être partisan du porte casque, et compte tenu de mon inexpérience je suis moyennement chaud. Mais j’y vais quand même. On se bat pendant 5 minutes avec un partenaire, évitant de porter les coups, cherchant juste à toucher, puis on passe à un autre. Dans ces conditions là cela reste fun, même si j’ai aucune technique et que je suis plus obligé de bourrer que de feinter.

  Je change deux fois de partenaire et puis soudain notre nouvel homme, que nous nommerons Momo, passe dans le ring et demande à chacun de passer contre lui. Et là son regard change du tout au tout. C’est un vrai guerrier qui se réveille. Et le fait que ses adversaires n’aient que peu d’expériences et qu’ils ne portent pas de casque ne semble pas l’émouvoir. Il ouvre la pommette du premier, éclate le nez du deuxième qui se met à pisser le sang et s’est « enfin » mon tour. C’est dans ces moments là où je me demande pourquoi il faut toujours que je cherche à me fourrer dans des situations compliquées. Là je n’ai plus le choix, il faut que je lui avoue et que j’avoue au monde entier mon TERRIBLE SECRET que j’ai tenté de cacher durant ces deux dernières années… Je porte un appareil-dentaire ! Donc je le lui dévoile, précisant que qui plus est je n’ai pas de protège-dents et il me dit de pas m’inquiéter. Ouais. Ben je me rappelle que c’est ce qu’il a dit aux autres.

  Je me met donc à tourner autour de lui. Ma stratégie est claire : esquiver, puis esquiver, et enfin au moment opportun… esquiver ! Car il a des années d’expérience contre moi et surtout le moindre mauvais coup risque de m’arracher les lèvres. Heureusement il se la joue soft. Je tourne donc autour de lui puis PAF un dans le nez. Une douleur métallique m’envahit et se dissipe aussitôt. Il a retenu son coup. Pas de sang à l’horizon. On continue. Le second me part dans l’œil mais ça va encore. Et vient « enfin » celui que je redoutais tant. Il m’allonge un direct en pleine bouche. A l’intérieur ma lèvre supérieure se déchire sur le métal. Le sang coule dans ma bouche. J’ai une furieuse envie de me mettre sérieusement dans le combat et de lui en allonger quelques unes pour lui apprendre à écouter ce qu’on lui dit. Mais à ce jeu je suis sûr de finir avec les lèvres en charpie si je l’énerve. Je prends donc mon mal en patience. Le bye bye à l’appareil est dans deux mois, on verra à ce moment-là. Je finis le round en évitant comme je peux ses coups et en me protégeant. J’essaie bien de lui mettre quelques coups mais c’est ouvrir ma garde et je préfère ne pas trop m’y risquer.

  Le round suivant il allume l’œil d’une fille qui verra trouble durant toute la fin de l’entraînement…Cette première expérience d’affrontement a été assez frustrante puisque je ne possédais aucune des conditions nécessaires pour rendre le combat intéressant. Mais c’était quand même bien de se prendre deux ou trois coups (même retenus) pour voir ce que cela fait. Et puis c’était curieux de voir comme la peur se même à l’excitation. La peur de recevoir un mauvais coup, de voir son propre sang, mais aussi l’excitation de parvenir à rentrer dans la garde de l’autre, de le mener… Je ne sais pas combien de temps je pratiquerais ce sport de malade mentale, mais pour le moment j’en ai réellement besoin. Je commence à peine à comprendre ce que c’est réellement que d’être boxeur, et j’ai besoin de plus d’expérience avant de continuer dans l’écriture du scénario sur lequel je suis travaille. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour le Cinéma !

par Guillaume Tauveron publié dans : Un brin de sport pour la forme
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Dimanche 19 février 2006

  Gnagna gnagna… Gnagna gnagna… Ouais ok j’ai compris. Il est 6h du matin et il faut encore que je me lève pour aller faire on ne sait quelle périple. A 7 heures pétantes, moins dix minutes parce qu’il est un homme impatient, Taguchi est devant la maison. Il fait un froid d’Ahiru (canard en japonais) et on part tout de suite au trot histoire de se réchauffer. Aujourd’hui pas de course pédestre (attention à ce que vous dîtes !), Tôkyô est notre vaste terrain de course.

  Un arrêt pipi s’imposant, nous allons dans une station service. A l’intérieur se trouve un chauffeur de taxi coiffé comme un œuf, qui lui vient de finir son service. Je ne sais pas s’il est sourd mais putain qu’il parle fort. Comme je m’y attendais il me demande de quel pays je viens. Comment il sait que je ne suis pas japonais ? En France, pays à la multi-ethnicité, demander à un inconnu de quel pays il vient sous l’unique prétexte qu’il n’est pas de type caucasien, serait synonyme de préjugé à tendance raciste et la question serait à peine finie de formuler que SOS racisme, la ligue des droits de l’homme, « ni putes ni soumises », la SPA et Greenpeace auraient été contacté pour immoler le malotru. Mais au Japon il y a 99% de « purs » Japonais. La moitié du pourcent récent sont d’origine Coréenne, et un quart d’origine Chinoise. Donc avec ma gueule, forcément, aucune chance que je sois Japonais. Pourtant la question, bien que purement sympathique, m’emmerde un peu. Même si je vivais trente ans dans ce pays et maniait la langue parfaitement, je resterais un gaïjin, un étranger. C’est pour ça que chaque soir je le fais un mascara au pissenlit et que j’attache les extrémités de mes paupières à mes oreilles en diminuant la longueur de l’élastique un peu plus chaque soir… 

  Et on repart. Au bout d’environ une heure, on arrive dans un des plus grands centres névralgiques de Tôkyô : Shibuya. Univers extrêmement bruyant et coloré, rendez-vous de toute une jeunesse fashionisée. Heureusement, puisqu’on court, on passe vite cet arrondissement tapageur. 

  Notre prochain point de chute est le palais de l’Empereur, mais comme on est en avance sur le programme, on fait un petit détour par l’hôtel où je me suis marié (Meiji Kinenkan) histoire de me rappeler quelques souvenirs nostalgiques qu’il faudra que je conte dans ces pages un de ces jours car le mariage à la japonaise, c’est comme tout, c’est particulier ! Juste à côté se trouve un mur haut de plusieurs mètres, surplombé de barrière et qui court sur des centaines de mètres, avant de s’en aller sur la gauche sur près d’un kilomètre. Ce mur fait tout le tour de l’immense propriété des enfants de l’Empereur. Il y a des policiers placés en permanence tous les 300 mètres environ, sans compter les caméras tous les 5 mètres. Faudra que je me creuse sérieusement la tête si je veux aller prendre des clichés volés à l’intérieur.   

 
 
Nous arrivons enfin à l’immense domaine qui entoure la propriété de l’Empereur (5km de circonférence). Avant ici se trouvait un magnifique château mais il a malheureusement été détruit à la fin du 19è siècle. Taguchi me montre une place. Il m’explique qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, apprenant que le Japon avait perdu la guerre, des dizaines de soldats sont venus se faire seppuku sur cette place. Ils ont du bien laver depuis car la place est impeccable. Ayant déjà parcouru près de vingt-cinq kilomètres, Taguchi me demande si je veux prendre le métro pour rejoindre notre prochain point de chute. Comme je commence à avoir mal dans les pattes et que je suis bien mort, j’insiste pour qu’on y aille en courant dans un plaisir masochiste.   

  On court autour du domaine, jusqu’à ce qu’on revienne à notre point de départ et Taguchi me dit alors qu’on devrait prendre le métro car on a plus assez de temps pour être à l’heure à notre rendez-vous. Cela me semble assez logique puisqu’on s’est amusé à faire un tour de manège. Mais je ne suis pas mécontent de l’idée car j’ai un muscle qui est sur le point de partir découvrir le monde extérieur. Après trois heures de course, il me fait comprendre que c’est ma limite et que vouloir faire le malin m’entraînerait à l’hosto. J’obéît immédiatement et marche tranquillement. 

  Quelques arrêts de métro plus loin, on se rend au bain public. C’est la première fois pour moi et je suis assez enthousiaste. C’est un petit bain public de quartier. Je me déchausse et rentre. Tout de suite face à moi, se trouve un petit vestiaire donnant directement sur le bain derrière des portes vitrées qui doit faire à peine 20m2. Je donne 400 yens à l’ouvreuse qui trône au-dessus de nous ayant à la fois vue d’ensemble sur le bain des hommes et sur celui des femmes. J’hésite à lui passer mon appareil-photo pour lui demander de prendre des photos du côté féminin puis je me dis qu’il vaut peut-être mieux pas. Je m’extirpe de mes vêtements trempés de sueur et finis en tenue d’Adam devant les yeux de l’ouvreuse qui en a vu bien d’autres et qui pourrait sans problème interpréter la chanson phallique de Pierre Perret. Heureusement que je ne suis pas pudique ! 

  Je prends ma petite serviette et me joint à tous ces japonais nus en train de se frictionner (n'ayant pas pu prendre de photo j'en ai piqué une sur internet). Je m’assois sur un minuscule banc vert qui au départ me fait froid aux couilles puis prend la bassine posée devant moi et la remplit tour à tour d’eau chaude puis d’eau froide. En face de moi il y a un yakuza au dos en grande partie tatoué que j’évite de trop regarder. C’est comme les guêpes, faut pas trop les exciter, vaut mieux les ignorer ! Le corps soigneusement lavé, je peux rentrer dans la petite source chaude où trempent deux trois japonais l’air de rien. Putain. Après avoir prit un vent glacé dans la gueule pendant 3 heures, se retrouver dans de l’eau à 45° est particulièrement difficile et il me faut bien plusieurs minutes avant de cesser de me prendre pour de la friture. Maso jusqu’au bout je me rince à l’eau froide puis vais me changer. En partant, l’ouvreuse me fait un grand sourire. Tu m’étonnes, après le spectacle que je lui ai offert ! C’est elle qui aurait du me donner de l’argent !

 

  
Par la suite, nous retrouvons ma femme et des amis et c’est à nouveau l’occasion de se rendre dans un restaurant tout à volonté. Cette fois-ci il s’agit d’un restau de yakiniku. Il s’agit de viande, assez grasse et très tendre, que l’on fait griller avant de tremper dans la sauce spéciale yakiniku. Mais encore une fois, il y a tant d’autres aliments que c’en est une véritable orgie. Pour 1000 yens (soit 8 euros) c’est parti pour 60 minutes de remplissage d’estomac. Et après environ 30 kilomètres de course, 60 minutes de bouffe ininterrompue ne sont pas de trop. Bon je parle pas beaucoup, forcément, mais Taguchi fait de même. Il mange, mange et remange. On parlera avec les autres après. La dernière minute s’écoule avant que j’ai fini de manger ma glace, mais tant mieux car elle était vraiment pas bonne, ce qui n’était heureusement pas le cas du reste de la nourriture.

  Après quelques paroles et quelques au revoir, je finis la journée en mitraillant à tout vent les Japonais que je croise dans la rue, cherchant les visages, ou les tenues vestimentaires (ou capillaires) intéressantes. Et il y en a à foison comme vous jugerez par ces photos.

 

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par Guillaume Tauveron publié dans : Un brin de sport pour la forme
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Dimanche 12 février 2006

  6h. Putain me voilà déjà debout encore prêt à aller faire le mariol. Le programme d'aujourd'hui est une randonnée en montagne avec deux amis du club des Crazy 88. En fait ils sont que quatre membres dans ce club, enfin cinq avec moi, mais je suis un membre honoraire qui me pointe quand ça me chante et surtout quand il n'y a pas 10 000 kilomètres qui nous séparent. C'est une bande de dingues qui chaque année se tape une course de 78 km en montagne et qui dure environ une vingtaine d'heure, courant de nuit avec des lampes vissées sur le front en espérant ne pas rater le prochain tournant. Pour les présenter rapidement, il y a tout d'abord Taguchi, qui est le leader puisque le plus âgé. C'est un maniaque de l'équipement et il dispose toujours de tous les gadgets derniers cris. Il y a ensuite Yoshimura, mais qu'ils appellent Yojimura, car il a souffert il y a quelques années d'une crise d'hémorroïde et malheureusement tout le monde l'a su, grâce à Taguchi qui est un petit blagueur, et comme hémorroïde se dit « ji » en anglais ils ne l'ont pas épargné. Après il y a Nishio qui est le marrant de la bande et qui est toujours de bonne humeur. Il m'a raconté la semaine dernière, qu'une fois où il s'était complètement bourré avec ses collègues, il avait grimpé sur la très célèbre statue d'Hachiko à Shibuya. Des photos ont été prises et j?essaie de me les faire envoyer. Enfin le dernier, Nagasaki, comme la ville tristement célèbre, qui est le plus jeune et le plus timide mais qui est très sympathique. Mais aujourd'hui je ne retrouverais que Taguchi et Nagasaki.

  6h30 je décolle de la maison, j'achète un « Free Pass » pour Tanzawa et prend la ligne Odakyu (je vous donne tous les détails pour que vous puissiez à votre faire cette superbe randonnée) jusqu'à la station de Shibusawa où je retrouve Taguchi et Nagasaki (de son prénom Kenbo qui sera plus court à utiliser). 10 minutes de bus supplémentaires nous emmènent au départ de la randonnée qui ne fait que 7 km, mais avec 1km 200 de dénivelé, j'aime autant vous dire que les guiboles en ont prit leur compte. Enfin bon c'est donc parti pour la grimpette. Ça grimpe sec et cela en sera toujours ainsi. On discute. Moi comprenant un tiers des phrases en me vantant, et un quart pour être presque honnête. On a un peu chaud avec toutes nos épaisseurs, mais comme on va grimper à 1500m d'altitude et que l'on est en hiver, on sera bien content de cet équipement une fois en haut. Au détour d'chemin, on croise un espèce de dingue avec un minuscule short violet et des cuisses de gorille qui descend en sens inverse. On rigole et on avance.  

Quelques mètres plus loin, on arrive à une espèce de minuscule échoppe en bois où l'on peut se ravitailler en boissons. J'ai un peu crapahuté dans les montagnes japonaises, et j'ai toujours trouvé de ces échoppes dans les coins les plus reculés, mêmes hauts en altitude. Comment ils peuvent gagner leur vie, et comment ils se ravitaillent c'est un mystère. J'ai la réponse à ma première question en achetant une bouteille d'eau trois fois son prix normal. La réponse à la seconde question, je ne l'aurais qu'une fois au sommet, donc je ne dis rien pour le moment. 

  Et peu après commence la montée des marches. Comme c'est un chemin très pratiqué pour cause de vue extatique une fois au sommet, une grande partie du chemin a été constituée avec des marches, qui sont en fait de simples rondins de bois. Je ne les ai pas compté mais il y en a largement plus de deux mille. Aucun entraînement dans une salle de muscu ne peut rivaliser avec le travail que mes cuisses et fessiers ont effectué et je les sens encore vivement à l'heure où j'écris. Au départ ça me fait rigoler de monter ces marches mais j'apprends très vite à en avoir la nausée à la moindre vue. Toutefois, la vue sur le mont Fuji qui est de plus en plus magnifique diminue la grande partie du côté astreignant.

 

  En plus des echoppes-étapes, et des escaliers, les japonais ont encore inventé un moyen de lier la promenade en nature à la civilisation mais je dois avouer qu'il s'agit d'une très bonne idée. Ils ont disséminé environ tous les cinq cent mètres, un petit panneau avec un nombre à chaque fois différent et un numéro de téléphone. Comme ça en cas de malaise où d'accident, il suffit de se traîner jusqu'au premier panneau, de composer le numéro écrit dessus (encore faut-il avoir un portable) et de dire au secours le nombre affiché sur le panneau, qui leur servira de point de repère pour venir le sauver. Après il faudra que le gars prenne son mal en patience, car ni hélico ni voiture ne pourront accéder à ces petits chemins sous les bois, mais c'est toujours mieux que d'attendre en se demandant si quelqu'un va venir. 
  Ah oui, un truc que j'ai zappé. Avant de commencer la grimpette on m'a appris des règles importantes à observer. Tout d'abord ceux qui descendent s'arrêtent pour laisser la place à ceux qui montent, histoire de ne pas foirer leur élan. Ensuite quand on croise quelqu'un on doit se dire bonjour. Sauf que le Japon est féru de raccourcis, et j'y consacrerais un article entier tant c'est intéressant, histoire de gagner du temps. Donc au lieu de dire ohayo gozaimasu, qui est sommes toutes assez long je vous l'accorde, on prononce une espèce de son qui n'y ressemble quasiment pas et qui donne une sorte de « eusse ». Si vous vous promenez et que vous entendez des sifflements persistants au loin, ce n'est ni une attaque de serpents ni la résurrection de Voldemort, mais simplement des randonneurs japonais qui se croisent. 

  Un peu plus haut, je croise un japonais qui m'aborde, non sexuellement, pour me demander d'où je viens. Je lui réponds de France, bien évidemment. Il me demande de quelle ville et je lui réponds que c'est une petite ville persuadé qu'il ne connaîtra pas Clermont-Ferrand. Il me cite une chiée de villes sans trouver, puis je lui balance le nom style : « tu vois tu connais pas ». Et là il me parle de la première croisade catholique qui était parti de Clermont-Ferrand au 11è siècle. Ce qui me flingue d'autant plus est qu'un autre japonais m'avait fait exactement le même coup la veille. Ce n'est pourtant pas une donnée particulièrement célèbre. Moi je le savais par hasard parce que mon frère avait regardé un documentaire sur les croisades et m'avait fait part de cette donnée mais que deux japonais sans aucune relation l'un avec l'autre connaissent ce détail me rend respectueux et admiratif.  

  A force de grimper, on fini par rencontrer un peu de neige, puis de plus en plus. J'ai toujours tendance à me foutre de la gueule (mentalement) de Taguchi et de ses divers gadgets, mais à chaque fois je dois accepter leur utilité. J'avais déjà croisé par le passé des randonneurs qui s'aidaient pour marcher avec une sorte de bâtons de ski, et je m'étais dit « regarde-moi ces cons là, ils ont même pas remarqués qu'ils ont paumés leurs skis » mais quand Taguchi m'a prêté un de ces fameux bâtons, et que cela m'a évité de me glander lamentablement dans une descente abrupte totalement givrée, j'ai du une nouvelle fois admettre mon erreur, bien que je pense toujours que ces cons de randonneurs avaient paumés leurs skis. 

  Et on arrive enfin en haut au bout de quatre heures de marche. La vue est extraordinaire. On peut contempler un seul coup le Mont Fuji, des chaînes de montagnes légèrement embrumées, la ville dans la plaine et tout au loin la mer. Ce paysage se passe de mot.

 

      On va se réchauffer un peu à l'intérieur de l'échoppe qui trône en ce sommet et j'ai le plaisir de boire un café bien chaud. Et la surprise est d'autant plus agréable que ce café est plus fort que ceux que j'ai coutume de boire au Japon, sans l'être autant qu'en France, car la plupart du temps quand on me sert un café au Japon j'ai envie de demander « est-ce que je pourrais avoir un peu de café dans cette eau marron ? ». Et pendant que nous avalons notre repas, un grand gaillard avec un énorme paquetage sur le dos déboule. Je le regarde attentivement enlever son sac. Il en sort un certain nombres de bouteilles et cannettes puis va les ranger derrière le comptoir et j'ai enfin la réponse à ma seconde question. Ils se tapent un aller-retour tous les jours en transportant toute la marchandise sur le dos. Incroyable ! Mais je n'ai pas fini d'être étonné par l'endurance japonaise. 
  En repartant on croise un dingue en petit short violet avec des cuisses de gorille alors que le sommet est couvert de neige et que moi je viens d'enfiler mon bonnet et ma capuche en frissonant. Taguchi profite d'une seconde pour lui demander combien de fois de suite il a grimpé la montagne. Trois fois ! Ce putain de malade a grimpé la montagne 3 fois ! Et il n'est qu'13h30. Nous, l'aller-retour nous prendra en tout 6h30 sans trop glander. Même en considérant qu'il ne lui faudrait que 3h30 pour faire l'aller-retour, et encore faudrait-il qu?il soit au moins Batman, cela voudrait dire qu'il a commencé la grimpette aux alentours de 3h du mat. Complètement cinglé! Mais je suis fasciné par son endurance que je ne parviendrais jamais à égaler. J'avais connu mes limites physiques en faisant une course de 25km dans les montagne d'Auvergne, et j'étais revenu avec une vieille casserole toute déglinguée en guise de corps. J'avais franchi la ligne d'arrivée, certes, mais telle une oeuvre de Picasso. Donc chapeau au dingue au short ! 
  En redescendant je croise sur le côté une vieille femme d'environ 60 ou 70 ans en train de faire des étirements. Et malgré son âge avancé elle est d'une souplesse et d'une finesse digne d'une adolescente. Cette force vitale dans ce vieux corps est magnifique ! Mais je pense soudainement que je n'ai croisédurant toute cette promenade qu'une seule personne de mon âge. Toutes les autres avaient la quarantaine passée et la majorité était proche de la soixantaine. Au Japon les jeunes ne font pas de randonnées. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas le temps et qu'ils sont trop fatigués pour cela. C'est triste mais c'est vrai. Plusieurs de mes amis passent deux ou trois jours par semaines à dormir au bureau, et travaillent un week-end entier sur deux. L'appel du fauteuil ou du lit est plus fort que celui de la montagne.

 

  Le dingue en short nous dépasse à nouveau. Taguchi lui demande s'il s'entraîne pour les jeux olympiques mais l'autre ne répond pas. Il à autre chose à foutre. Moi aussi d'ailleurs. Je me concentre pour avancer sans me casser la gueule. En plus comme j'ai pas mal couru cette semaine, j'ai les jambes bien fatiguées. Et pour parachever j'ai piqué les chaussures de montagne de mon beau-père. Et bien que j'ai des pieds plutôt petits pour un français, mon beau-père fait 1m65 les jours de grand soleil et je me sens comme une chinoise aux pieds comprimés. Comme on est tous un peu crevé, on passe la dernière heure à courir histoire de se reposer. Et enfin, après 2h30, on arrive à l'arrêt de bus. 
  Dans le bus personne ne moufte. On en a pris pour notre matricule mais c'était bon. En attendant le métro je tente une blague en disant qu'il faudra que j'aille m'acheter des nouveaux pieds demain, mais comme ils sont japonais et qu'ils prennent tout au premier degré, ils ne comprennent pas. Ils pensent que la fatigue a attaqué mon cerveau. J'explique donc la blague. Ils rigolent. Dix minutes plus tard, Taguchi me redemande confirmation de la blague pour être sûr qu'il a bien compris. Ah l'humour international à ses limites.

 

     Dans le métro de retour, en face de nous il y a un jeune gars qui rit tout seul. Il regarde son portable, rit, se tortille les doigts. Il n'a pourtant rien d'un fou. Propre sur lui, bien coiffé, petites lunettes, certainement un cadre efficace. Mais le travail au Japon rend fou et je croise souvent des gens qui rient tout seul, ou au bord de craquer. Comme il a l'air un peu stricte et timide, je m'imagine qu'il a un rendez-vous pour ce soir, que c'est peut-être le premier de sa vie, et qu'il espère marquer le score d'une autre façon que dans le vide de sa solitude. Je suis sans doute enfoiré mais je m'en fous, je fais ce que je veux avec mon imagination. 
 
 Enfin de retour, mais il me faut encore archiver les photos et écrire cet article. Je meurs en cours de route et ne finirais que le lendemain. Les yeux fermés, je revois encore ce magnifique paysage, et j'ai l'étrange sensation de m'envoler et de le survoler encore et encore...

Toutes les photos de cette journée ICI 


Et comme beaucoup semblent l'avoir apprécier je remettrais de temps en temps un lien direct vers la vidéo Nihon (nécessité real player):

http://www.guillaumetauveron.com/download/nihon.wmv

par Guillaume Tauveron publié dans : Un brin de sport pour la forme
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